Chapitre 3 - Le choc des cultures
En entendant les gravillons crisser sous les roues de la camionnette de MacGobha, Charles et Evelyn MacPelt sortirent et se postèrent sur le perron
pour accueillir leurs petits-enfants français.
En les voyant descendre du véhicule, ils furent ébranlés un moment en constatant, couleur de cheveux mise à part, combien Johan ressemblait à leur fils aîné.
Il avait le même regard profond et le même sourire. Il avait à peu près le même âge que lorsqu'Angus les avait quittés pour partir à l'armée.
Ils avaient l'impression de le voir revenir enfin à la maison.
Cette impression était encore accentuée par la ressemblance de Lisbeth avec Marie-Ange dont elle avait hérité la grande beauté.
Ils durent faire un effort pour maîtriser leur émotion.
De leur coté, en descendant de voiture, Johan et Lisbeth furent impressionnés par l'attitude digne et sévère de leurs grands-parents.
Ils échangèrent un regard. Contrairement à Mémé Cécile, il était évident que Charles et Evelyn ne se laisseraient pas manipuler par deux potaches dissipés.
Intimidés et gauches, ils s'approchèrent d'eux pour les saluer, ne sachant pas trop comment ils pouvaient s'adresser à eux.
— Nos autres petits-enfants nous appellent Granny et Grand-Père, les informa le grand-père, pour les mettre à l'aise, en voyant leur embarras.
— Venez nous embrasser mes chéris, ajouta la grand-mère.
A la manière dont ils les serrèrent dans leurs bras, les jeunes MacPelt sentirent, sous l'apparente austérité de leurs grands-parents,
le profond amour que ceux-ci accordaient à leur descendance. Et ils répondirent à leur embrassade par une tendresse affectueuse.
— Voici Sarah, la gouvernante, dit Granny en leur présentant la personne qui était restée en retrait.
Elle va vous aider à défaire vos bagages et à vous installer. Nous vous avons attendu pour le repas. Cela vous laisse une demi-heure pour vous préparer.
Johan et Lisbeth montèrent leurs bagages, suivant Sarah la gouvernante qui leur indiqua leur chambre respective.
Celle de Johan était une grande pièce lambrissée éclairée par deux fenêtres entre lesquelles se trouvait un lit monumental.
D'un côté il y avait une cheminée équipée d'un insert dans lequel flambait du feu, malgré la saison.
Deux chauffeuses étaient disposées devant l'âtre autour d'une petite table basse.
A l'opposé, une porte donnait accès à un cabinet de toilette avec une cabine de douche.
Au milieu de la pièce, il y avait aussi une vaste table qui pouvait servir aussi bien comme bureau, que comme atelier pour toutes les activités manuelles
ou intellectuelles que pouvait souhaiter exercer un jeune homme.
Sur la tablette de la cheminée, quelques photographies étaient encadrées parmi lesquelles il reconnut celle du mariage de ses parents,
et son père en costume militaire. A ces indices, il comprit qu'il venait d'hériter la chambre de celui-ci quand il était jeune.
Après avoir posé son sac-à-dos, Johan rejoignit sa petite sœur dans sa chambre.
Celle de Lise était configurée à peu près comme celle de Johan, mais avec une touche plus féminine. Des fleurs avaient été déposées dans un vase sur la commode.
Son cabinet de toilette était agencé de façon presque luxueuse avec une immense baignoire octogonale.
La modernité des équipements attestait que l'aménagement récent avait été effectué expressément à l'intention de la jeune fille.
Sarah, qui les avait accompagnés, s'activait entre les deux chambres.
Elle s'était emparée de leur valise pour ranger les vêtements qui s'y trouvaient dans les placards.
— Qu'entendent-ils par « se préparer » ? se demanda Lisbeth, tout haut.
— Je suggère à Mademoiselle que celle-ci prenne un bain, puis enfile cette robe, dit Sarah, en dépliant l'une des robes trouvée dans la valise.
Je suggère que Monsieur fasse de même avec le pantalon et la chemise que je lui ai préparée sur son lit dans sa chambre, ajouta-t-elle à l'adresse de Johan.
Le veston n'est pas exigé à Galdwinie en été, crut-elle bon de préciser.
Johan et Lise se regardèrent en réprimant un sourire. Ils repensaient aux remarques de leur mère quant aux us et coutumes de Galdwinie
et comprirent pourquoi elle avait pris la peine de leur préparer cette valise.
— Mademoiselle et Monsieur voudront bien m'excuser. Je dois aller préparer le service du repas.
— Granny et Grand-Père doivent avoir du monde à dîner, ce soir, se dirent-ils.
Ayant suivi les conseils de Sarah, Johan et Lisbeth descendirent l'escalier majestueux pour se rendre dans la salle-à-manger.
Comme ils l'avaient supposé, leurs grands-parents devaient avoir de la visite, car un jeune couple était déjà présent avec eux dans la pièce.
Le jeune homme était grand, musclé harmonieusement, avec des cheveux blonds tendant vers le roux.
Il affectait de regarder les jeunes français d'un air légèrement moqueur. Pourtant il plut tout de suite à Lisbeth.
Il semblait être du même âge qu'elle et plus proche que son grand-frère de trois ans son aîné.
Ce qui justifiait Johan dans une posture protectrice qui quelques fois lui pesait.
La jeune fille blonde les regardait aussi de ses grands yeux bleus, presque violets. Mais ceux-ci exprimaient de l'étonnement et un peu de mélancolie.
Sans doute à cause de la chaleur de la journée, elle avait relevé les cotés de son abondante chevelure pour les fixer avec une barrette de jais sur le sommet de sa tête.
Ce qui augmentait encore l'épaisseur de la cascade de boucles dorées qui lui descendait dans le dos. Elle était très jolie et Johan fut séduit par sa beauté.
— Tu crois que ce sont nos cousins ? demanda tout bas Johan à Lisbeth en aparté.
— Voici vos cousins Sharon et Michael, les présenta Grand-Père comme pour répondre à la question de Johan.
Johan et Lisbeth ne purent s'empêcher de manifester leur surprise. Leurs cousins étaient très différents des deux enfants dont ils avaient le souvenir.
Comme eux, en cinq ans, ils avaient grandi. C'étaient maintenant presque des adultes.
Même si leur chagrin avait laissé quelques traces encore perceptibles, ils formaient un couple de jeunes gens équilibrés et ouverts,
grâce à l'affection dont les avaient entourés Granny et Grand-Père.
De leur coté, les jeunes écossais n'étaient pas moins surpris.
Ils s'étaient amusés à échanger les plaisanteries habituelles sur les français en attendant leurs cousins qui tardaient à arriver.
Ils avaient le souvenir d'enfants turbulents et capricieux. Et ils avaient devant eux, deux jeunes de leur âge qui semblaient agréables et sympathiques.
Aux regards que les français avaient échangés, Sharon devina la grande complicité qui existait entre Johan et sa petite sœur.
Ce qui excita sa jalousie, car Michael et elle étaient scolarisés dans des pensionnats différents, où la mixité n'était pas de mise.
Elle n'avait jamais pu accéder à ce niveau de connivence, ni avec Michael, ni avec aucun autre garçon. Et, à ce moment, elle ressentit ce manque de façon prégnante.
Granny et Grand-Père prirent place chacun à une extrémité de la longue table rectangulaire de la salle-à-manger.
Grand-Père désigna aux jeunes français les chaises à sa gauche pendant que Sharon et Michael se plaçaient à sa droite.
Comme personne ne s'asseyait, Johan et Lisbeth restèrent debout derrière le haut dossier de leur chaise.
Quand tout le monde fut à sa place, Grand-Père ouvrit un livre, y lut un passage. Puis, il prit une posture recueillie pour prier :
— Seigneur, nous te remercions pour cette magnifique journée. Merci d'avoir protégé mes petits-enfants pendant leur voyage.
Merci pour avoir permis que nous soyons réunis ici ce soir. Merci pour la nourriture que tu nous donnes.
Bénis ce repas que nous allons prendre ensemble ainsi que tous ceux qui ont contribué à sa préparation.
— Amen ! dit Granny.
— Amen ! dirent Sharon et Michael.
— Amen ! se crurent obligés de dire Johan et Lise.
Tous s'assirent, sauf Sharon qui commença le service aidée par Sarah, la gouvernante.
Les jeunes français, qui n'étaient pas très enthousiastes pour effectuer ce genre de besogne, guettèrent sur le visage de la jeune fille,
du mécontentement ou de l'agacement. Mais ils n'y lurent qu'une bienveillante attention.
Elle effectuait sa tâche avec grâce et délicatesse, attentive à ce que chacun ait ce dont il avait besoin.
Devant leur étonnement, les grands-parents durent fournir quelques explications :
— Il y a quelques règles à observer pour les repas, ici, au manoir, dit Granny.
Le matin, le petit-déjeuner est servi à 8 a.m. dans la cuisine. Le repas du soir est servi habituellement dans la salle à manger à 6 p.m.
— Vous pourrez occuper le reste de votre journée comme vous le désirez. Je n'ai qu'une exigence, c'est que nous sachions où vous allez lorsque vous quittez le manoir.
« C'est n'est pas pour exercer sur vous une surveillance excessive, mais plutôt pour pouvoir vous porter secours, au besoin.
Vous pourrez donc prendre le repas du milieu de journée comme vous le souhaitez, au manoir ou en pique-nique.
Mais ayez la politesse de prévenir Sarah de votre choix afin de ne pas lui causer une surcharge de travail inutile. »
— A ce propos, pour soulager Sarah, chacun à votre tour, vous assurerez le service du repas du soir.
Cela inclut la vaisselle, précisa Granny. Comme vous l'avez remarqué, ce soir, c'est le tour de Sharon.
Vous vous arrangerez avec Sarah pour organiser le tour de rôle.
Les jeunes français essayèrent tant bien que mal de cacher leur consternation.
Ils étaient habitués à beaucoup plus de liberté quant à l'heure des repas, surtout pour le petit-déjeuner.
Car, pendant les vacances, ils avaient pris l'habitude de faire la grasse matinée.
Ils n'osaient pas exprimer leur avis, ne sachant s’il était autorisé de parler à table.
Chose que n'acceptait pas Pépé Henri, mais que tolérait quelques fois Mémé Cécile depuis le décès de celui-ci.
Mais sur ce sujet, les habitudes étaient plus libres à Galdwinie que dans les Ardennes.
Le repas du soir était une des rares occasions où la famille était réunie.
Et Granny et Grand-Père appréciait beaucoup que leurs petits-enfants relatent les événements marquants de leur journée.
Cela leur permettait de se tenir au courant et de prodiguer leurs conseils lorsque la situation l'exigeait.
— Pouvez-vous nous raconter votre voyage ? demanda Michael à ses cousins.
Et les jeunes français, purent à loisir, raconter toutes les anecdotes qui avaient balisé leur périple depuis le décollage de leur avion
qui les avait si fort impressionné jusqu'à leur arrivée à la gare de Galdmore Park, où il envisageaient de gagner Galdwinie à pieds,
en passant par leur atterrissage dans l'orage à Londres, et l'admiration de la locomotive à vapeur par Johan à la gare de Waverley à Edimbourg.
— J'ai pris plusieurs photos dans l'avion, précisa Johan.
— C'est quoi, ton appareil ? demanda Michael, qui s'intéressait aussi à la photo.
— Un reflex 24x36 à objectifs interchangeables.
— Tu as plusieurs focales ?
— Un 55mm-2, un grand-angle 28mm-2.8, un téléobjectif 135mm-2.8.
— Pas mal ! Tu nous montreras tes photos.
— Je fais plutôt des diapositives.
— Ce n'est pas très pratique, car il faut un appareil de projection pour les regarder, objecta Sharon.
— Oui, mais avec les scouts, nous avons réalisé pas mal de montages audiovisuels avec.
Le dernier, nous l'avons même sonorisé en fondus enchaînés grâce à du matériel que nous avait prêté Papa, expliqua Lisbeth.
Le repas arrivait à son terme. Et Sharon se leva pour commencer à débarrasser la table.
Les jeunes français étaient arrivés au manoir relativement tard et ce premier repas en famille s'était quelque peu éternisé.
Le visage de Sharon accusait maintenant la fatigue. Johan, dans son admiration pour sa cousine, sans s'en rendre compte, ne l'avait pas quittée des yeux.
Une émotion inconnue l'envahit. La souffrance de cette belle jeune fille lui parut tout à coup insupportable.
Spontanément, il se leva pour lui proposer ses services, suivi presque instantanément par Lise.
— Je peux t'aider, si tu veux, dit Johan à Sharon.
— Ce n'est pas de refus. Je te remercie infiniment, répondit Sharon.
A la proposition de son cousin, un sourire illumina le visage de Sharon. Et il sembla à Johan qu'elle ressemblait maintenant à une princesse de contes de fées.
Johan, Lise et Michael accompagnèrent Sharon à la cuisine. En les voyant arriver tous les quatre, Sarah fut agréablement surprise.
Elle comprit immédiatement ce qui venait de se passer à la salle-à-manger et apprécia à sa juste valeur le bon mouvement à l'initiative des jeunes français.
— Je lave la vaisselle, dit-elle. Vous, les garçons, vous l'essuyez. Les torchons sont là. Les filles rangent. À cinq, cela va aller vite.
Et effectivement, la vaisselle fut rapidement expédiée. La cuisine et la salle à manger nettoyées et rangées, tous purent enfin monter se coucher.
Avant de quitter la salle-à-manger, Granny et Grand-Père échangèrent quelques mots.
Ils s'étaient attendus à de l'agressivité ou tout au moins à quelques sarcasmes de part et d'autre de la part des jeunes dont l'éducation
et la culture étaient si différentes. Mais tous avaient su se conduire dans la bienséance.
Et les français, malgré leur répugnance évidente pour les travaux domestiques, avaient eu un geste de compassion inattendu à l'attention de leur cousine.
— Eh bien ! Nos petits-enfants français ont l'air charmant, dit Granny. Ils ont su faire preuve de générosité envers Sharon.
— Tous les quatre semblent bien s'entendre, ajouta Grand-Père. Je pense au final que tout va bien se passer.
Et ils eurent tous les deux un moment de recueillement pour rendre grâce au Seigneur, d'avoir réuni pour la première fois leurs quatre petits-enfants
et de les voir si bien disposés les uns envers les autres.
Lorsque Johan eut fermé la porte de sa chambre, il se déshabilla pour enfiler son pyjama.
Il remarqua sur la table de nuit un livre à tranche dorée avec une couverture noire.
Il était rédigé en anglais et avait pour titre Holy Bible (en français Sainte Bible).
— Ce doit être un invité précédent qui a oublié son bouquin, se dit-il.
Il mit de coté la bible pour la remplacer par sa lecture en cours.
Il s'agissait d'un roman de Maurice Leblanc relatant les aventures d'un célèbre cambrioleur, Arsène Lupin,
qui mettait toutes les ressources de son intelligence à résoudre des problèmes complexes au service des pauvres et des faibles,
mais au détriment des riches malhonnêtes qu'il escroquait sans scrupule.
La nuit, Johan rêva de sa jolie cousine. Et le lendemain matin, il mit un soin tout particulier à sa toilette avant de descendre à la cuisine pour le petit-déjeuner.
En sortant de sa chambre, il tomba sur sa petite sœur qui n'avait pas hésité à se maquiller d'une façon qu'il jugea un peu excessive pour une jeune fille de quatorze ans.
— Et demi ! lui précisa Lise en réponse à sa remarque. Mais toi aussi, tu t'es mis sur ton trente-et-un, remarqua-t-elle.
Sharon et Michael avaient déjà commencé de déjeuner.
En arrivant dans la cuisine, les jeunes français remarquèrent qu'eux aussi avaient fait quelques frais dans leur tenue.
Ce que remarqua également Grand-Père lorsqu'il les rejoignit.
— Je vois que vous êtes faits pour vous entendre, dit-il, amusé par leurs efforts vestimentaires respectifs.
A quoi allez-vous occuper votre première journée de vacances ensembles ?
— Sharon et moi avons pensé commencer par une simple randonnée à pied à l'Ermitage, proposa Michael.
— Une simple randonnée à pied ! A l'Ermitage ! s'exclama Grand-Père en insistant sur le mot « simple ».
Je crois me souvenir que la chapelle en ruine se situe à deux-mille-quatre-cent pieds d'altitude.
Cela représente au moins trois heures de marche rien que pour l'aller, précisa-t-il pour alerter les jeunes français,
en jetant un coup d’œil inquiet vers Lisbeth la plus jeune d'entre eux.
Johan et Lise ne dirent rien.
Ils sentaient instinctivement que, malgré la sympathie évidente qu'ils éprouvaient pour eux, il leur faudrait faire leurs preuves pour gagner l'estime de leurs cousins.
Mais, habitués aux exploits de cette nature, après plusieurs années de scoutisme, six heures de marche dans la journée n'étaient pas pour leur faire peur.
— Vous avez une carte ? demanda Johan qui aimait avoir une représentation globale de la topographie des lieux dans lesquels il s'aventurait.
— Oui ! Voilà une OITOM1 de la région, lui répondit Michael en lui tendant une carte.
— OK, tu nous montres l'itinéraire ?
— Lise et moi, nous allons préparer le pique-nique, dit Sharon qui n'avait aucun goût pour les cartes.
Michael montra le chemin qu'ils allaient suivre sur le plan. La région semblait dépourvue de route et de sentier.
Il y avait beaucoup de dénivelées et la marche se révélerait certainement ardue.
— On ne prend qu'un seul sac à dos, proposa Michael. Nous le porterons à tour de rôle.
— OK ! Allons-nous équiper.
— N'oubliez pas de prendre des pulls, leur dit Sarah. Il ne fait pas chaud là-haut.
Ils remontèrent tous les quatre dans leurs chambres pour s'équiper d'une tenue plus adaptée à la randonnée.
Ils enfilèrent des shorts et des T-shirts, et se chaussèrent de robustes chaussures de marche. Lise et Sharon se nattèrent les cheveux pour être plus à l'aise.
Ils remplirent le sac du pique-nique préparé par les filles, y ajoutèrent des gourdes d'eau.
Johan prit aussi son appareil photo et la boussole dont il ne se séparait jamais en randonnée.
— Ce sera lourd à porter, remarqua Lise.
— C'est moi qui le porterai au début, proposa Johan. Au fur et à mesure que nous boirons, le sac s’allégera.
Quand il sera plus léger, je le confierai aux petits, ajouta-t-il, avec une condescendance taquine.
Cette remarque lui valut une bourrade de son robuste cousin qui, bien que plus jeune, mesurait un pouce de plus que lui.
Lorsqu'ils furent prêts, ils prévinrent leurs grands-parents de leur départ et partirent à travers le village pour emprunter le sentier qui montait dans la montagne.
La journée était magnifique. Le soleil brillait dans un ciel bleu profond, lavé de la pollution et de la brume par les orages de la veille.
Au départ, ils avaient le soleil dans le dos. La hauteur de l'astre,
plus basse sur l'horizon que dans les régions plus méridionales que les français avaient l'habitude de fréquenter, donnait au paysage grandiose un relief presque artificiel.
Bien reposés en ce début de journée, ils entamèrent leur excursion d'un bon pas.
Au début, guidés par Michael et Sharon, ils suivirent un sentier marqué par le passage d'animaux ou d'autres randonneurs.
Mais après une heure de marche environ, toute trace de sentier avait disparu.
Ils longeaient un torrent sur lequel était jeté par endroit un petit pont en pierres qui ne menait nulle part.
La marche devint difficile et Johan commença à ressentir de la fatigue.
Mais il hésitait à céder son sac pour ne pas paraître faible et essuyer les sarcasmes de ses compagnons, surtout devant Sharon.
Celle-ci, le voyant à la traîne, s'arrêta pour l'attendre.
— Il est temps que tu me passes le sac, lui dit-elle, lorsqu'il l'eut rejoint.
— Non ! Ça peut aller, lui mentit-il.
— Ne fait pas ton macho. Tu es épuisé, là. Passe-moi le sac, insista-t-elle.
— Mais tu vas aussi te fatiguer, toi.
— L'idée de ne prendre qu'un seul sac est justement de le porter à tour de rôle, avant de commencer à sentir la fatigue.
En général, on alterne toutes les demi-heures. Et ça fait plus d'une heure que tu le portes.
— Alors pourquoi n'es-tu pas venu le prendre plus tôt ?
— C'était pour tester ta galanterie française, lui répondit-elle sur le ton de la plaisanterie.
Johan ôta son sac, pour le passer à sa cousine. Il l'aida à ajuster les sangles à sa morphologie.
Et ils reprirent leur marche pour rejoindre Lise et Michael qui s'étaient arrêtés pour les attendre.
Ils en profitèrent pour boire, ce qui allégea un peu le sac pour Sharon. Après s'être désaltérés, ils repartirent en direction de l'Ermitage.
La chapelle en ruine était déjà visible au loin, dans l'atmosphère lumineuse de la matinée.
Mais la distance qui les séparait d'elle ne semblait pas diminuer pendant leur progression.
— Nous mangerons en arrivant, dit Michael. Puis nous ferons la visite.
— Il ne faudra pas trop s'attarder pour redescendre, remarqua Sharon. Car il ne faudrait pas se laisser surprendre par la brume.
— Pas avec le temps qu'il fait, quand même, observa Lisbeth.
— Ici, quand il fait beau, c'est qu'il va pleuvoir, plaisanta Johan.
— Je pense que tu ne feras pas le malin, perdu dans le brouillard, lui répondit Michael,
un peu vexé de déceler dans le propos de son cousin de la critique envers ce pays qu'il aimait.
Pendant la marche, lorsque la configuration du sol leur permettait de marcher à deux de front,
ils se racontaient les épisodes marquants de leur vie scolaire et les anecdotes de leurs existences respectives.
Devant les difficultés du terrain, ils se prenaient par la main, Johan et Sharon, Michael et Lise, pour passer les obstacles.
Ils arrivèrent devant l'oratoire lorsque le soleil était au plus haut.
Michael qui avait porté le sac en dernier, le déposa sur le sol et ils se disposèrent sur les restes d'un mur pour faire leur repas.
Lorsqu'ils eurent terminé, ils commencèrent la visite des ruines.
A l'intérieur de l'antique chapelle, là où devait se trouver le chœur, il y avait un petit escalier en vis qui s'enfonçait sous la terre.
— Venez par ici, dit Michael. Et prenez vos torches. Nous allons descendre dans la crypte.
— C'est un peu impressionnant, remarqua Lise, en commençant la descente derrière Michael.
— Lise a peur des fantômes écossais, se moqua Johan.
— Tu peux fanfaronner comme ça, mais tu n'y serais pas descendu seul.
— C'est probablement vrai, reconnu Johan.
— Je n'aime pas trop l'obscurité non plus, dit Sharon. Mais il y a quelque chose de curieux en bas.
Ils descendirent l'escalier sur plusieurs tours. Johan comptait les marches.
— C'est escalier est sans fin. On commence à être très profond maintenant.
— On va y arriver. C'est là dit Michael.
— Où ça ? En Chine ? Questionna Johan pour plaisanter.
Ils débouchèrent enfin dans une petite chapelle souterraine.
Elle était, pour partie taillée dans la roche, pour partie constituée de voûtes maçonnées en plein cintre.
Le plafond bas était soutenu par deux rangées de quatre piliers. Une grande pierre était couchée pour servir d'autel pour une éventuelle célébration.
— J'ai compté quatre-vingt-seize marches, signala Johan. Nous sommes au moins à vingt mètres sous terre.
— Pourquoi a-t-on construit un lieu de culte si profond ? demanda Lisbeth.
Cette chapelle ne constitue même pas les fondations du bâtiment extérieur comme c’est le cas habituellement.
— En supposant qu'on cherchait le secret pour une célébration quelconque,
le site est suffisamment isolé pour ne pas nécessiter la construction d'un souterrain qui de tout façon, ne mène nulle part, remarqua Johan.
En plus, ce n’est pas très malin de choisir cette cachette, car il n’y a pas d’issue. En cas de poursuite, cet endroit est un véritable piège.
— On ne sait pas vraiment. Mais venez voir par ici. Il y a quelque chose de curieux.
Sharon les attira vers la pierre couchée. Sur le coté vers le mur, figurait un motif sculpté.
— On dirait une espèce de ceinturon circulaire, dans lequel il y a un arbre et trois croix.
— Un cèdre, je dirais. Et trois épées, plutôt, précisa Johan. En quoi est-ce curieux ? demanda-t-il en se tournant vers ses cousins.
— Tu t'appelles MacPelt et tu ne reconnais pas le crest de notre famille ? S’étonna Sharon.
— Le crest ? S’exclamèrent les deux français sur un ton interrogatif.
— Ben oui, le crest. Ce sont les armes des MacPelt. Il figure sur tous les accessoires de notre clan.
Lisbeth et Johan se rappelèrent avoir effectivement remarqué ce motif sur la boucle du ceinturon et sur la montre de leur père.
Mais il n'en avait compris ni la signification, ni l'importance.
Et, maintenant, en face du symbole héraldique de leur famille gravé profondément dans la pierre,
ils prirent conscience tout à coup combien leurs racines étaient ancrées dans cette terre.
— Mais pourquoi l’avoir sculpté ici, à cet endroit ? On ne le voit de nulle part. Il faut savoir qu’il est là pour le trouver.
— En plus c’est sinistre, ici !
Johan sorti du sac, son appareil photo et son flash pour effectuer plusieurs clichés de la crypte, de Lise et de ses cousins.
Puis, pressés de quitter l'atmosphère oppressante du caveau, ils remontèrent vers la surface, Michael ouvrant la marche et Johan en serre-file.
Lorsqu'ils émergèrent, ils furent surpris par l'aspect glauque du paysage. Pendant leur périple souterrain, le temps avait changé.
— Et zut ! S'exclama Michael. Le brouillard se lève.
— Il est à peine plus de 14h00 et il fait déjà presque nuit, remarqua Lisbeth.
— C'est normal, dit Johan. A cette latitude, le soleil est plus bas sur l'horizon que chez nous. Le brouillard intercepte plus de lumière.
— Je ne sais pas pourquoi, mais j'en avais le pressentiment depuis ce matin, dit Sharon.
— Ce brouillard est désagréable. On dirait qu'il est poisseux.
— Il faut qu'on mette vite nos pulls et nos K-way. Sinon nous allons être trempés,
ordonna Michael en commençant à distribuer les vêtements qu'il tirait de leur sac au fur et à mesure.
— On va être bloqué ici pendant un bon moment, signala Sharon. Et il n'y a rien pour faire du feu.
— Comment ça, bloqués ? demanda Johan.
— Si nous quittons la chapelle, nous avons toutes les chances de nous perdre dans la lande.
Et Grand-Père sait que nous sommes à l'Ermitage, dit Sharon. Il nous enverra de l'aide.
— Mais je n'ai pas envie de rester ici, dit Lisbeth en frissonnant de froid et peut-être de crainte. Cet endroit est sinistre.
— La perspective de rester ici dans l'humidité ne me plait pas non plus, dit Sharon.
Mais l'idée de redescendre à l'abri dans le souterrain me répugne. C'est par trop lugubre en bas.
— D'autant que ce ne serait pas une bonne idée, car nous ne verrions pas les secours arriver.
Mais nous n'avons pas le choix, dit Michael. Nous devons rester ici.
— Attends ! Il y a peut être une autre solution, suggéra Johan. Tu peux me passer la carte, Michael ?
— Que proposes-tu ? demanda Michael en éclairant la carte avec sa lampe de poche.
— On va procéder comme pour une course d'orientation de nuit. A partir de quel endroit, pouvons-nous nous diriger facilement ?
— A partir de la cascade, il y a un chemin marqué et balisé, répondit Michael en désignant un endroit sur la carte.
— OK ! Je fais un cap et nous allons y aller tout droit, dit Johan en prenant sa boussole.
— Impossible ! Cela nous fait passer à travers le marais, dans les tourbières. Et il y a des sables mouvants.
Hors de question de s'y risquer dans ce brouillard. Il faut contourner, avertit Michael.
— Je propose cet itinéraire alors, répondit Johan en dessinant deux traits sur la carte. Mais ça va nous rallonger d'au moins deux miles.
— Mais cela fait un coude. Comment sauras-tu à quel moment il faut tourner dans cette crasse, sans point de repère ?
— Tu as ton sifflet, Lise ? demanda Johan à sa petite sœur.
— Oui ! Le voilà.
— Dommage que je n'ai pas pris le mien. Car cela nous aurait permis de ne pas nous écarter les uns des autres.
La pire des situations serait que l'un de nous ne se trouve perdu et isolé.
— J'ai mon sifflet de marine, dit Michael, après en avoir tiré deux notes stridentes.
— Ça, c'est une chance ! Au moins, le son est très différent du sifflet à roulette de Lise.
On ne pourra pas les confondre, dit Johan qui se souvenait avoir été piégé par l’écho et s'être retrouvé isolé de ses coéquipiers, dans une situation analogue avec les scouts.
— Que comptes-tu faire des sifflets ? demanda Sharon.
— Voilà comment nous allons procéder. Je passe devant avec le sac. Et vous me suivez. Michael ferme la marche. Tous les dix pas je siffle.
Michael répond avec son sifflet à deux tons. Comme ça, je sais en permanence que vous êtes derrière moi. Si l'un de vous se perd, il se dirige vers le sifflement.
Cela va nous permettre aussi de mesurer la distance parcourue. Les filles vous comptez les coups de sifflets.
— Je prends le sac, dit Sharon. Tu auras déjà assez à faire avec la carte et la boussole.
— D'accord ! C'est parti !
Johan, à l'aide de la carte et de sa boussole, désigna un cap et ils commencèrent leur descente en file.
Tous les dix pas, Johan lançait un coup de sifflet auquel répondait Michael à la fin du cortège.
Le brouillard était tellement épais qu'ils distinguaient à peine leurs pieds. Et Sharon se mit à chanter doucement un chant de circonstance :
Thy word, O Lord, is a lamp unto my feet,
and a light unto my path.
Search me, O Lord, and know my heart:
try me, and know my thoughts:
And see, O Lord, if there be any wicked way in me,
and lead me in the way everlasting.2
and a light unto my path.
Search me, O Lord, and know my heart:
try me, and know my thoughts:
And see, O Lord, if there be any wicked way in me,
and lead me in the way everlasting.2
Le fait est qu'ils n'y voyaient pas à deux mètres. Johan trébuchaient fréquemment sur les obstacles qu'il n’apercevait qu'au dernier moment.
Il tenta d'utiliser sa lampe de poche, mais la lumière obtenue ne faisait que paraître plus opaque encore, l'obscurité laiteuse qui les entourait.
En entendant la voix de sa cousine derrière lui, il lui fut reconnaissant de s'être chargée du sac.
Car être en tête avec en outre un sac sur le dos aurait été particulièrement éprouvant.
— Les filles ! Interpella Johan tout à coup. Combien de coups de sifflet ?
— 386, cria Sharon.
— 392, cria Lisbeth.
Malgré l’écart entre les deux mesures qui donnaient une incertitude d’une cinquantaine de mètres quant à la distance réellement parcourue,
ce comptage permit facilement à Johan d’évaluer leur position sur la carte.
— Encore un miles et il faudra bifurquer. On fera une pause à ce moment là. Vous pouvez recommencer à compter à zéro.
Et ils repartirent. A la distance voulue, ils s’arrêtèrent pour se reposer. Lisbeth prit le sac à son tour.
Après quelques instants de répit, ils reprirent leur marche dans la nouvelle direction indiquée par Johan.
Au bout de quelques temps, ils entendirent le bruit de la cascade.
— Attention en arrivant à la cascade. Les parois sont abruptes, signala Michael. Ce serait bête d'avoir un accident si près du but.
— Dommage qu'on n'y voie rien, dit Sharon. L'endroit est magique.
— On y reviendra quand il fera beau, proposa Michael.
— S'il y fait beau un jour, plaisanta Johan.
— Passe-moi le sac, maintenant, dit Michael à Lise. La descente est escarpée. Tu seras plus à l'aise pour sauter les rochers.
Aux abords de la cascade, Johan ralentit le rythme de sa marche et progressa prudemment.
— Michael, tu peux venir en tête, car je ne trouve pas de voie pour descendre.
— C'est normal. C'est presque un secret de famille.
Michael les guida vers un escarpement. Sur le coté, entre deux rochers, se trouvait l'amorce d'un semblant d'escalier dont les marches mesuraient
une bonne cinquantaine de centimètres de haut. Il fallait sauter de palier en palier.
Les garçons aidèrent leurs cousines en leur prenant la main. Ils étaient trempés par le brouillard et les embruns de la cascade.
Et l'eau qui coulait de la capuche de leur K-way sur leur visage les gênait dans leur progression.
Mais ils finirent par arriver tant bien que mal au pied de la chute d'eau.
— Pfff ! Souffla Johan. Ça a été laborieux.
— Ça va être plus facile maintenant. Il suffit de suivre le sentier.
— En tout cas, merci à vous de m'avoir fait confiance. Car je vous avoue que j'ai eu en permanence la trouille de me perdre.
— Merci à toi surtout, lui répondit Sharon. Nous pouvons même arriver à l'heure pour le dîner.
— Oui ! Mais il ne faut pas traîner. On en a encore pour une bonne heure et demie de marche et il est déjà 4 p.m.
Au fur et à mesure de leur descente, le brouillard se faisait moins dense et ils purent voir apparaître enfin le village de Galdwinie.
Ils remontèrent vers le manoir pour pouvoir rassurer Granny et Grand-Père qui, inquiet à la vue de la brume,
envisageait de monter une expédition de secours pour ses petits-enfants.
— Tu as pris le risque de les faire descendre dans le brouillard ? reprocha Grand-Père à Michael.
— Lisbeth et Sharon étaient transies de froid et nous avons préféré descendre pour nous réchauffer, s'excusa Michael.
— C'est moi, qui en ai pris l’initiative, assuma Johan, en voyant son grand-père commencer à froncer les sourcils,
signe qui était précurseur de vigoureuses remontrances chez son père Angus, dont celui-ci devait avoir probablement hérité de son propre père.
— Et Johan a été formidable sur ce coup-là, intervint Sharon. Il a su nous guider avec beaucoup d'astuce.
— Et qu'en dit Lisbeth ? demanda Granny à la jeune fille qui était restée silencieuse.
— J'avais confiance en Johan. Aux scouts, il nous a sorti de situations pires que celle-ci, dit-elle.
— Je vois que la glace est rompue entre vous. Et je dois reconnaître que j'apprécie votre solidarité.
Quoi qu'il en soit il va être l'heure de manger. Allez vous préparer. Vous nous raconterez vos péripéties à table.
— Avant de monter, passez par la cuisine, dit Granny. J'ai demandé à Sarah de vous préparer un thé bien chaud pour vous réconforter.
Les quatre adolescents se dirigèrent vers la cuisine. Là, Sarah leur servit du thé, avec quelques biscuits malgré l'heure du repas qui approchait.
— J'ai organisé le tour de service, les informa Sarah. Pour simplifier, ce sera par ordre d'âges décroissants.
Ce soir ce sera au tour de Monsieur Johan. Demain ce sera toi Sharon. Après demain ce sera Michael, puis après ce sera le tour de Mademoiselle Lisbeth.
— Ne t'en fait pas. Je t'aiderai ce soir, s'empressa d'ajouter Sharon, devant l'air atterré de Johan, en mettant sa main sur le bras de son cousin.
— J'ai l'impression que Sarah n'aime pas beaucoup les français, lui dit Johan en aparté.
— Pourquoi penses-tu cela ?
— Parce qu'elle s'adresse à Lise et à moi à la troisième personne.
— C'est par respect pour vous. Jamais elle ne prendra l'initiative de s'adresser à vous autrement, avant que vous ne l'autorisiez à le faire.
— Ah bon ! S'exclama Johan.
— Sarah ! Appela-t-il en se tournant vers la gouvernante. Lise et moi apprécierions que vous nous traitiez exactement comme nos cousins, dit Johan.
— Bien ! Apprécia celle-ci en souriant. Comme tu voudras mon garçon. Ce sera avec plaisir.
Et ils se précipitèrent tous les quatre pour l'embrasser, car elle avait une grande affection pour les enfants.
Elle prenait soin d'eux, avait à cœur de maintenir une ambiance conviviale et agréable dans la cuisine et savait adoucir la corvée du service
que leur imposait leurs grands-parents en leur mettant en évidence le coté ludique des gestes à accomplir.
1
OITOM - One Inch To One Mile (Ordnance Survey) - C'est l'édition équivalente aux cartes topographiques françaises.
Dans le Royaume-Uni, les distances sont exprimées dans le système dit "impérial".
Sur les cartes topographiques anglaises, un pouce sur le plan représente un mile sur le terrain. Ce qui fait échelle d'environ 1/56000ème.
2
Chant extrait des psaumes 119 et 139 de la bible :
Ta parole, ô Seigneur, est une lampe à mes pieds,
Et une lumière sur mon sentier.
Sonde-moi, ô Seigneur, et connais mon coeur !
Eprouve-moi, et connais mes pensées !
Regarde, ô Seigneur, si je suis sur une mauvaise voie,
Et conduis-moi sur la voie de l'éternité !
Et une lumière sur mon sentier.
Sonde-moi, ô Seigneur, et connais mon coeur !
Eprouve-moi, et connais mes pensées !
Regarde, ô Seigneur, si je suis sur une mauvaise voie,
Et conduis-moi sur la voie de l'éternité !


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